Prayvis est une planète abandonnée de toute personne saine d'esprit. Il y règne un Chaos sans précédent depuis 120 ans
 

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 descríbame el cielo ─ Hel&Oeil

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MessageSujet: descríbame el cielo ─ Hel&Oeil   Mer 29 Juil - 1:28

Tu es sur le chemin du retour. Tu le sais parce que c'est ce qu'il y a de marqué sur ton petit carnet noir - le dixième ou le onzième ce mois-ci. Il y a écrit, avec les lettres courbes d'une écriture qui t'a appartenu autrefois, Retour prévu : jeudi 4. Tu as demandé, et aujourd'hui est bien jeudi 4, et tu es bien dans un convoi qui se dirige dans la direction de LAGO city - ou en tout cas c'est ce qu'on t'a dit.


Aujourd'hui est donc jeudi 4. Qu'il est étrange de penser que ce jeudi 4 précisément, tu dois rentrer. Tu ne sais pas exactement pourquoi tu dois rentrer, ni vraiment où, parce que tu es encore un peu Carolyne, mère de trois enfants, caravanière au grand coeur et aux poings féroces. La même Carolyne qui crie à ses bêtes des encouragements de temps en temps. La même Carolyne qui est assise à un mètre de toi, qui t'a appelé "mon chou" et qui t'a donné à manger. Tu avais oublié ce que ça fait de manger. Tu as ressenti une mélancolie étrange, comme une douleur née de tes millions de coeurs épars, une douleur quasi universelle de retrouver un jour la figure maternelle sans la reconnaître réellement. Tu as souri, parce que c'est ce que Carolyne aurait fait, et tu t'es assise, assis, assise au fond de la camionnette, et tu as regardé par la fenêtre. Tu regardes par la fenêtre. La mer de Larmes s'étend sous tes yeux, immense et calme et mortelle, et tu sens presque le souffle acide des vagues souffler sur ton visage, et tu entends presque le silence absolu des oiseaux absents. Les falaises se dessinent comme des silhouettes noires à l'horizon et tu sens leur présence immobile et morte vibrer dans tes os. Tu les fixes et tu ne comprends pas, tu n'arrives pas à comprendre pourquoi elles ont l'air si présentes, si réelles, quand toi tu te sens encore trop Carolyne, et trop peu Toi. Quand toi tu arrives à peine à Te définir. Tu fermes les yeux et tu te concentres sur les bruits de la camionnette. Le grincement du frein fatigué, le crissement des pneus patinés sur le gravier-sable de la route, le roulement tambourinant du moteur. Tu entends les objets remuer dans leurs boîtes, tu entends la respiration calme et profonde de Carolyne. Tu sens le tissu rèche de tes habits, volés sans doute, ou bien tu as encore oublié de te changer de la semaine, ou du mois, ou tu ne sais plus. Ils sont rèches et sentent la poussière. Tu sens aussi le cuir plié de ton dixième ou onzième carnet. Tu l'ouvres à l'aveuglette et passe tes mains sur les pages cornées, creusées des notes que tu y as écrites. Tu te concentres sur la sensation de tes propres mains, douloureuses, solides. Tu essaies de te détacher de Carolyne et de ses mains fatiguées par le travail manuel et polies par le volant, et tu essaies de retrouver la sensation de tes mains à Toi. Mais tu continues de glisser dans le souvenir des gens que tu as été ces derniers jours, semaines, mois. Tu as été un mercenaire cupide et méprisant, aux mains calleuses et moites. Tu as été un enfant méfiant et opportuniste, aux mains encore douces et maladroites. Tu as été un loubard cynique et stupide, aux phalanges encrées de son nom trop long, qui lisaient F E L I sans le X. Tu as été une ombre glissant entre les murs et les secrets, aux mains trop légères pour être remarquées, aux doigts trop rapides pour être sentis.


Tu rouvres les yeux sur la sensation vertigineuse de perdre le fil des existences qui ont été les tiennes, et Carolyne te dit "On est arrivés, mon chou", alors tu descends et tu disparais dans les rues sans dire au revoir. Tu cours presque, terrifié, terrifiée d'oublier tout avant de pouvoir avoir fait ton rapport. Tu trouves un bouche d’égout, tu t'y engouffres, et tu entres dans le nuage nauséabond des égouts comme dans une couverture rassurante. Ici, tu sais qui Tu es. Tu es Ia'om, tu es l'Oeil, tu es l'espion des Rats, tu as une utilité qui t'es propre. Tu es l'Oeil.


Tu suis des chemins presque familiers, tu traverses des carrefours et tu tournes à gauche, à droite, encore à gauche, presque à l'instinct, presque sans y penser. Tu te sens chez toi, ici, en quelque sorte. Tu te sens familier, familière. L'odeur des tuyaux sombres, la sensation de la vase sous tes semelles trouées, le murmure des rats dans l'ombre, l'écho de l'eau dans le silence morbide. Tu les connais. Tu les reconnais, à un niveau intime, personnel, que tu n'as pas l'habitude d'expérimenter. Tu passes dans les tunnels et tu souris à l'obscurité.


Tu entres dans la salle du trône, et tu la trouves vide. Le silence est seulement rompu par le murmure de l'eau, les cliquètements des ongles des rats sur les tuyaux, et les bruits de la ville loin, très loin au-dessus du dédale de tunnels. Tu inspires une fois encore l'air putride - tu te sens presque à ta place, presque toi - et tu lèves les yeux vers la silhouette maigre de ton Sio, de ton Roi. Tu souris presque, et marche-grimpe à sa rencontre. Elle est petite et grande à la fois, comme une montagne faite d'os et de peau lacérée, comme une mère, comme une conquérante.

Tu souris presque et tu la regardes d'en bas.
"Bonjour," tu dis dans la langue rude et déliée des Égouts, "je suis revenu, revenue à temps cette fois."
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MessageSujet: Re: descríbame el cielo ─ Hel&Oeil   Mer 29 Juil - 2:23

Malgré l’absence du soleil, la matinée s’étire doucement au fond des souterrains. A tes pieds, Se Voh’Sa, ou Tig,  ton second, est en train de remballer l’encre et les livres de Consigne, prête à plier bagage pour s’acheminer doucement vers ses quartiers. Vous avez passé les premières heures du jour à mettre par écrit les bilans de la nuit pour les différentes Chambres de la Cour.
 
Les Nourrices ont accueilli dans leurs dortoirs deux nouvelles Petites Souris. Des jumelles du quartier Nord, ramenées par les Eclaireuses la veille au soir. Les Coursières n’ont causé ni été témoin d’aucun incidents diplomatiques, ce qui est pour le mieux. Quant aux Bergères, elles ont déploré une baisse dans la population de la lignée Wistar. Elles ont donc conduit les colonies dans des régions plus calmes des souterrains pour leur permettre de se reproduire au calme. Les Gardes et les Dératiseuses, elles, n’ont pas eu d’incidents à déclarer pour la nuit. La relève s’est faite sans un pli, et les équipes de jour entament à présent leur deuxième quart.
 
En somme, c’est une nuit bien remplie qui s’achève. Tu peux te féliciter de ton travail.  Tu peux également féliciter ta cour. Tes sujets sont si ordonnés, si volontaires… Ils ne rechignent pas à la tâche et te parlent avec honnêteté. Non, vraiment, tu ess un roi comblé.
 
Tu as remercié Tig, la laissant s’agenouiller et te tendre sa main, paume ouverte, pour que tu y fasses glisser la tienne en signe que tu étais satisfaite de son service. Puis tu l’as regardé s’éloigner, t’allongeant un instant dans les fourrures qui recouvrent ton trône. Ton œil droit commence à te lancer, resté trop longtemps exposé aux assauts cruels des néons de la salle du trône. Tu le fermes, tâtonnant sur ta droite pour retrouver ton bandeau et le mettre à l’abri.
Oh comme l’idée de ton lit te séduit en cet instant…
 
Des bruits de pas rebondissant contre les murs de pierre te tirent de ta lamentation. Te redressant sur ton bras valide, tu jettes un œil en contrebas pour y apercevoir l’ombre discrète d’Œil, ton informatrice et bonne amie. Tu la côtoies moins que tes autres enfants/sujets, du fait de ses longues missions d’infiltration qui lui consomment tout son temps et beaucoup d’elle-même, mais à ton bons souvenir, il ne s’est jamais trouvé une seule fois où tu n’as pas apprécié sa compagnie.
 
Tu accueil sa montée d’un sourire franc, te redressant totalement sur ton trône alors qu’œil s’agenouilles brièvement, puis finit par s’asseoir.
 
 
« Je suis heureuse que tu aies retrouvé ton chemin jusqu’à nous. Bienvenue chez toi, Ia'om. »
 
Tu cales ton bras mort contre ton ventre, et te penches dans sa direction pour mieux le détailler. Œil, dans toute sa complexité, est un spectacle fascinant. Contempler un visage qui en a été tant d’autre, c’est un cadeau qui n’est pas donné à tous.
Ton enfant est splendide, comme chacune de ses sœurs, et comme elles toutes à la fois. Tu étends une main vers elle, sans pour autant la toucher. Tu sais comme il est complexe pour elle de se glisser de nouveau dans sa peau de rat, et tu ne souhaites pas entraver ce processus, ou lui compliquer la tâche de quelque manière que ce soit. Simplement pour désacraliser l’espace symbolique qui la sépare du trône, et de toi. Le protocole n’est plus très rigoureux à cette heure, c’est ce que tu voudrais souligner.
 
« Souhaites-tu faire ton rapport maintenant ? Ou as-tu besoin d’un moment pour te retrouver ? »
 
Tu es fatiguée, certes, mais tu peux bien faire une exception pour Œil. Tu sais comme sa mémoire est un labyrinthe complexe, dont les choses ne trouvent pas toujours la sortie. Tu as appris à te montrer compréhensive.
 
« Te souviens-tu ? As-tu besoin de tes notes ? »
 
Tu ajoutes, toute en patience et en prévenance.
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